ETRE PHOTOGRAPHE C'EST SURTOUT COMBATTRE LES IDEES RECUES/ ARTICLE N°4: PASSER SON TEMPS A PERFECTIONNER SA TECHNIQUE...

C'est un peu vrai dans tous les corps de métier, mais peut-être encore plus lorsqu'on est Freelance et qu'on travaille seul: la réalité de notre profession nous ramène vite à la raison.
Fantasmes et Liberté démesurés de celui qui gère son business avec son smartphone dans une main et son agenda hyper rempli dans l'autre.
Smoking ou plutôt jean-basket mais en tout cas dans l'air du temps, l'image sulfureuse de l'Indépendant qui s'est affranchit des codes et qui sait où il va chaque jour nous colle à la peau.... un peu trop !

Qu'en est-il vraiment de notre quotidien de photographe, cette profession très idéalisée et convoitée?

J'ai décidé de lister quatre idées reçues relatives au métier de photographe, en m'appuyant sur mon vécu d'expérience et aussi sur l'inconscient collectif qui véhicule justement des fantasmes complètement aux antipodes de la réalité...
Ayant pas mal de choses à dire sur chacun des points, et afin que l'article soit plus digeste, j'ai décidé de le découper et de faire ainsi un billet par idée reçue, tout simplement.

Ces articles seront certainement un peu moins long que les autres, mais je pense que les points évoqués sont suffisamment importants pour que je leur accorde un article à eux seuls.

C'est donc parti pour quatre articles, quatre idées reçus relatives au métier de photographe...
Bonne lecture !



IDEE RECUE N°4: ETRE PHOTOGRAPHE C'EST PASSER SON TEMPS A PERFECTIONNER SA TECHNIQUE...!



 Il serait logique et judicieux de le penser, et ce pour plusieurs raisons valables. La technique en photographie, et depuis ses débuts, a été primordiale, telle une science nouvelle et révolutionnaire, compliquée à maîtriser. Et afin d'illustrer mon introduction, faisons un petit tour historique.


I/ Inventions et techniques: le génie à l'état pur...

      a) L'invention de la photographie.

Il est coutumier de ne citer qu'un seul nom lorsqu'on en parle, et il s'agit la plupart du temps de celui de Daguerre. Or, on doit l'avènement de la photographie à trois hommes en particulier: Niépce/ Daguerre/ Arago.


  • Joseph Nicéphore NIEPCE (1765-1833):  Vivant à Chalon-sur-Saône, il a déjà travaillé à plusieurs inventions avec son frère Claude lorsqu'il entreprend, en 1816, des recherches sur la fixation des images de la camera obscura. Ces recherches se poursuivent selon deux orientations bien distinctes: à partir de 1816, Niépce teste la photosensibilité de nombreuses matières (chlorure d'argent, résine de gaïac, phosphore d'huile) sur divers supports (papier, verre, métal, pierre) placés dans la chambre noire. C'est par ce procédé qu'il obtient en 1826-1827 des vues de sa fenêtre, dont l'une, laissée par lui en Grande-Bretagne lors d'un séjour en 1827 sera retrouvée en 1952. Sa rencontre en 1827 avec L.J.M. Daguerre, lui aussi, préoccupé de questions analogues, aboutit à un contrat en 1829, qui attribue à Daguerre un rôle particulier pour les recherches optiques.
  • Louis Jacques Mandé DAGUERRE (1787-1851): Sur le nom de Daguerre se combinent paradoxalement une gloire universelle et une méconnaissance de l'individu, défini dans la mémoire collective comme l'inventeur, en 1839, du Daguerréotype, considéré comme la base historique de la photographie. Avant 1839, Daguerre est un peintre qui s'est converti dans les décors et les panoramas. En 1822, il fonde avec son ami Bouton le diorama, lieu de spectacles où l'on peut admirer des effets de lumière et de mouvements habilement combinés sur des toiles peintes éclairées alternativement par l'avant ou par l'arrière. Le diorama connaît un tel succès que Daguerre reçoit la Légion d'honneur et ouvre une seconde salle à Londres en 1823. C'est un personnage de la vie publique parisienne, qui impressionne le provincial N.NIépce, qu'il contacte en 1826.
  •  Francois ARAGO (1786-1853): Physicien et député démocrate des Pyrénées-Orientales, il présente le 7 janvier 1839, pour la première fois dans l'histoire des daguerréotypes à l'Académie des sciences de Paris. Le 3 juillet 1839, il défend devant la Chambre un projet de loi qui prévoit l'octroi d'une rente viagère de 6000 francs à L.J.M Daguerre et de 4000 francs au fils de N. Niépce. Il consacre l'invention de la photographie le 19 août 1839 en dévoilant le procédé mis au point par Daguerre devant l'Académie des sciences et l'Académie des Beaux-Arts réunies.

Cette petite aparté historique montre bien que pour ce siècle, cette immense découverte et nouveauté n'avait de sens que par sa technique complexe et innovante. Les photographes (et parmi les plus grands) vont alors se succéder afin de maîtriser de mieux en mieux la chambre noire qui était alors une machinerie lourde et complexe. 


Les techniques du Daguerréotype et du Stéréoscope, bien qu'ayant été améliorées, présentent des déficiences qui les empêchèrent de subsister à une nouvelle méthode de fixation de la lumière apparue au milieu du XXéme siècle : c'est l'argentique.


 b) L'argentique, évolution de la photographie.



  • George Eastman inventa un peu avant 1900 le premier appareil photo à film (pellicule). En 1888, on pouvait s'en procurer un pour une somme d'environ 25$ qui avait une capacité de 100 photos par rouleau. Il est appelé très originalement Kodak n°1. Il connu un grand succès, autant que par son prix, par la facilité et la rapidité à recevoir une photo papier. En effet, il suffit de presser un bouton et, grâce à des techniques similaires aux précédentes, l'image voulue est impressionnée négativement sur le film. Ce film qui maintenant est souple et plus rigide comme auparavant est alors envoyé à un laboratoire de développement qui renverra à l'expéditeur des vues rondes de 6cm sur du papier cartonné en guise de tirage.


  • En 1904, Louis et Auguste Lumière brevetèrent le premier procédé de photographie couleur. Pour fabriquer un support, les Frères Lumières déposèrent sur une plaque de verre un vernis recouvert de fécule de pomme de terre et de grains microscopiques. Ces grains sont teintés de violet, de vert et d'orange et sont recouverts par une couche de bromure de gélatine photosensible (sensible à la lumière). La plaque de verre une fois installée dans l'appareil photo capte la lumière que les grains vont filtrer pour faire apparaître les couleurs. Cette exposition prend cependant 40 fois plus de temps qu'un film en noir et blanc. Ce défaut nuira donc à la réussite de cette invention



  • Plus tard, dans les années 1920 est apparu le 35mn. Le film plus petit était donc moins encombrant mais nécessitait un cadrage directement fait au moment de la prise de vue alors que celui ci ne se faisait qu'au développement. Cette technique, faite au départ pour le groupe Leitz Optical donna naissance à une nouvelle marque d'appareils, les Leica. Les allègements du boitier et toutes sortes de détails plus superficiels ne cessèrent d'augmenter. Mais c'est en 1936 que Kodak lança le Kodakchrome, premier film transparent couleur fonctionnel. Vinrent ensuite le Kodacolor (1942), premier négatif couleur et l'Ektachrome (1946), premier film couleur traitable directement par les photographes.


II/ Le pouvoir de l'imagination ou l'Art de raconter des histoires...


On le voit bien avec ce retour historique que depuis sa naissance, la photographie et par là-même la technique photographique n'a cessée d'évoluer pour arriver de nos jours à quelque chose de totalement inné, intuitif et extrêmement simple d'utilisation.

Aujourd'hui la technique est incontestablement présente,bien au point et son évolution ne se compte plus en centaines d'années mais en quelques mois, c'est hallucinant lorsqu'on y pense.... ! Cela est donc accessible pour une très grande majorité de consommateurs, et pas forcément photographes. 

Les appareils numériques de nos jours sont certes assez complexes à prendre en main car ce sont de véritables ordinateurs, mais avec le manuel et de bon tutos, vous pouvez maîtriser la technique en quelques mois. Après, la pratique c'est autre chose, mais finalement ni plus ni moins que... de la pratique. En d'autres termes, shootez, shootez et shootez et vous maîtriserez la technique sans problème, ce qui vous donnera la faculté de pouvoir immortaliser pratiquement n'importe quelle situation.

Alors, pourquoi ce titre d'article au sujet de la technique; pourquoi est-ce plutôt une idée reçue? 

Du point de vue de mon expérience, et après être passé de la photographie sociale puis artistique et maintenant corporate, je crois que la difficulté et le challenge pour un photographe de nos jours est d'utiliser cette technique qui lui est proposé, cette invention et ces appareils photos numériques hors du commun afin de raconter son histoire; ses histoires et ses messages. Plus que jamais, ce qui différenciera un photographe professionnel d'un autre dans la même thématique, ce sera ce côté original et percutant: la technique au service de l'imaginaire en quelque sorte.

Un léger glissement qui s'est opéré lentement mais sûrement dans le monde photographique. 

Tout le monde peut faire de la photo; tout le monde peut, s'il le désire, casser son PEL et s'acheter du matériel haut de gamme, apprendre sa technique et l'utiliser..... et après?

C'est cet "après" qui est devenu important de nos jours; et non plus le "comment". Le "pourquoi" est beaucoup moins accessible vu sous cet angle-là !

Un photographe hyper calé en technique photographique pourra toujours décider de créer une photo de toutes pièces avec décors-mannequins-collaborateurs et moyens de fou.... mais s'il n'a pas d'idées ou s'il ne sait pas les raconter, alors son immense savoir sur la technique n'aura intéressé que... lui et sa photo sera un immense bide !

A ce stade de l'article, il est tout de même nécessaire d'établir quelques précisions. De nos jours, un domaine où la technique est encore très présente et très importante est celui du "corporate" regroupant aussi bien les reportages au sein des entreprises que la photo d'objets ou bien immobilière. Evidemment, dans ce genre de domaines précis, le côté "artistique" est beaucoup moins présent, mais malgré tout, (et je suis bien placé pour le savoir car je pratique exclusivement la photographie immobilière; la photographie d'Architecture/ Décoration et la photo corporate ou de reportage d'entreprise), ce qui différenciera un photographe d'un autre même dans ces domaines, sera sa capacité à rendre un appartement ou une villa qui semblait anodine et peu intéressante en quelque chose de sublimé, de révélé, que l'on aura envie de regarder. Et pour cela, un côté artistique sera nécessaire, même pour shooter une marque de rasoirs ou des serviettes périodiques !

Etant donné que la technique n'est plus une arme fatale à 100%, il faudra au photographe couplé cela à une soif de connaissance régulière et non-stop. Je veux dire par-là qu'il lui faudra acquérir des standards aussi bien dans la peinture que la bande-dessiné ou encore la littérature. Il faudra de solides références et encore plus si le photographe souhaite se lancer dans une discipline purement artistique. Là encore, pas besoin de fortunes ou de folles dépenses: une connexion internet; une inscription à la bibliothèque de votre ville et le tour est joué, vous aurez accés à 100% du savoir sur cette terre...

Ainsi donc, il semble bien que le triptyque Technique+Connaissances+expérience personnelle soit la nouvelle arme qui rendra votre photo sublime et personnelle, et qui fera mouche à chaque fois.

J'en veux pour preuve des photographes comme Le Turk ou David La Chapelle, regardez bien leurs oeuvres et vous comprendrez tout ce qu'il y a à savoir pour faire une bonne photographie... !




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